Le blanchiment de capitaux n’est plus seulement l’affaire de flux financiers opaques dans des paradis fiscaux traditionnels. Il s’est métamorphosé en une discipline de haute technicité, croisant l’ingénierie financière, la blockchain et l’intelligence artificielle. Face à un arsenal législatif européen sans précédent, l’accompagnement par un avocat expert est devenu une nécessité vitale dès les premiers stades d’une enquête.
1. Les nouvelles frontières du blanchiment technologique
L’écosystème numérique a ouvert des brèches que les régulateurs tentent de colmater. Les schémas actuels exploitent la vitesse et l’anonymat des nouvelles technologies.
Finance Décentralisée (DeFi) et Mixeurs de jetons
La DeFi permet d’effectuer des transactions sans intermédiaire bancaire, rendant le traçage complexe. Les mixeurs de coins (comme Tornado Cash ou ses successeurs) sont au cœur des préoccupations : ils brassent des fonds provenant de multiples sources pour briser le lien entre l’expéditeur et le destinataire, rendant l’origine des fonds indétectable sur la blockchain.
NFT et Tokenisation de l’immobilier
Le marché des NFT (Non-Fungible Tokens) offre une méthode de blanchiment par la manipulation de prix : l’achat d’une œuvre numérique à soi-même via des portefeuilles anonymes pour justifier l’entrée de fonds licites. Plus récemment, la tokenisation de l’immobilier (vidéo explicative)— qui permet de diviser un actif immobilier en jetons numériques — crée de nouvelles opportunités pour fragmenter des capitaux massifs en transactions discrètes.
2. L’ingénierie complexe : Du TBML aux « Sociétés Taxi »
Malgré la tech, les méthodes structurelles restent dominantes, mais gagnent en sophistication.
- Trade-Based Money Laundering (TBML) : Cette technique utilise le commerce international pour déplacer de la valeur. Par la sur-facturation ou la sous-facturation de marchandises réelles ou fictives, les fonds circulent sous couvert d’échanges commerciaux légitimes.
- Sociétés Taxi (Shell Companies) : Ce sont des structures éphémères utilisées pour « transporter » les fonds d’un point A à un point B avant d’être dissoutes. Elles servent d’écran pour masquer le bénéficiaire effectif.
- Ingénierie comptable : Elle consiste à injecter des fonds illicites dans le chiffre d’affaires d’une entreprise saine par des jeux d’écritures complexes (fausses factures de prestations de services, manipulation des stocks).
3. L’utilisation des nouvelles technologies : Smurfing et Deepfakes
Les fraudeurs exploitent désormais l’IA et le comportement de masse pour contourner la vigilance des banques.
Le Smurfing (ou Schtroumpfage) 2.0
Le « smurfing » classique consistait à diviser de grosses sommes en dépôts de moins de 10 000 €. Aujourd’hui, grâce à l’automatisation, des milliers de micro-transactions sont effectuées simultanément via des plateformes de paiement néo-banques, rendant les alertes de détection de fraude plus difficiles à déclencher.
Deepfakes et usurpation d’identité
L’utilisation de Deepfakes (vidéos ou audios générés par IA) permet désormais de contourner les protocoles de sécurité « Know Your Customer » (KYC) des plateformes financières. En imitant l’apparence et la voix d’un dirigeant ou d’un client, les blanchisseurs peuvent ouvrir des comptes ou autoriser des virements frauduleux avec une facilité déconcertante.
4. Un cadre légal en mutation : AMLA, MiCA et Saisies
La réponse législative est devenue globale et extrêmement répressive.
L’AMLA (Anti-Money Laundering Authority)
2026 marque la montée en puissance de l’AMLA, la nouvelle agence européenne basée à Francfort. Elle dispose de pouvoirs de supervision directe sur les entités financières les plus risquées et peut infliger des amendes se comptant en millions d’euros.
Le règlement MiCA
Le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets) encadre désormais strictement les prestataires de services sur actifs numériques (PSAN). L’anonymat total n’existe plus légalement : chaque transaction doit pouvoir être rattachée à une identité réelle.
Les saisies préventives et conservatoires
La justice française a systématisé les saisies pénales de patrimoine. Avant même tout jugement, le procureur peut ordonner la saisie de comptes bancaires, d’immeubles ou de portefeuilles crypto s’il existe une présomption de blanchiment. Le défi pour la défense est alors d’obtenir la mainlevée de ces saisies pour ne pas asphyxier l’activité ou le train de vie de la personne visée.
5. Pourquoi l’assistance d’un avocat est cruciale dès l’origine ?
La matière est si complexe qu’une erreur de communication initiale peut être fatale.
- La technicité des flux : Justifier l’origine de fonds issus de la DeFi ou de montages internationaux nécessite une expertise pointue pour « traduire » les preuves techniques en langage juridique.
- L’anticipation des signalements TRACFIN : Être conseillé en amont permet d’auditer ses propres flux et de préparer les justificatifs nécessaires avant même qu’une alerte ne soit transmise au parquet.
- La défense face aux saisies : Contester une saisie pénale demande une réactivité immédiate et une parfaite maîtrise de la procédure pénale financière.
Note de Maître Bertho-Briand : « Le blanchiment est souvent reproché de manière automatique dès lors qu’un flux financier est complexe. Notre rôle est de rétablir la réalité économique des opérations et de protéger le patrimoine de nos clients contre des mesures de saisie parfois disproportionnées. »

Situé au 41 cours de la Liberté (69003), le cabinet de Maître Giovanni Bertho-Briand vous assiste dans toutes les étapes de la procédure pénale financière.